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ORIGINE DES ARTS MARTIAUX

Depuis la nuit des temps, l’Homme n’a eu de cesse d’améliorer ses techniques guerrières. Utilisant son corps dans un premier temps, il inventa rapidement une multitude d’armes et techniques aussi diverses que variées.
Au Japon, environ 200 ans avec J.C., une lutte chinoise fut importée. Elle est à l’origine du Sumo, LA lutte japonaise traditionnelle. Cette lutte sera à la base de nombreuses méthodes de combats développés par les bushi.

sumo

L’ART DE LA GUERRE

L’ensemble des méthodes de combat employées par les guerriers constituaient le bujutsu (les « techniques guerrières »). Il y avait le tir à l’arc, la lance, l’escrime, l’équitation, la natation en armure, l’éventail de guerre, le bâton, le jitte, la chaîne, la stratégie plus quelques autres, et bien entendu les techniques de combat à mains nues tels que le Taijutsu, le Kempo et le Tode (ancêtre du karate).

La classification historique

On peut concevoir la pratique des arts martiaux japonais en quatre divisions selon les périodes historiques.

I. LES KO-BUJUTSU

A partir de l’an 900 de notre ère, on peut appeler les arts martiaux des Ko-bujutsu, bien que nous n’avons pas d’idée spécifique de cette pratique avant l’ère Kamakura. Mot à mot cela signifie « ancien guerre techniques», soit techniques guerrières anciennes.

Les Ko-bujutsu répondent à trois caractéristiques :

• Ils sont conçus pour utilisation sur le champ de bataille

• Ils se pratiquent quasi-toujours avec des armes (mains nues n’étant pas très utiles dans ces conditions)

• Ils sont destinés à une pratique où l’armure est portée couramment par les guerriers.

Le Japon a connu de nombreuses périodes de guerres entre les seigneurs, les provinces et les grandes familles qui détenaient le pouvoir impériale ou shogunal.
Les Bushi devaient alors connaître l’ensemble des armes employées par les guerriers de l’époque, il n’y a pas de spécialisation à proprement parler. Les armures devaient pouvoir arrêter un coup. Tous les Bushi devaient maîtriser un ensemble d’arts divers pour pouvoir être compétant en guerre. Par exemple : comment fortifier une position, comment commander les troupes, comment monter à cheval, donner de fausses informations, etc. Les Ko-Bujutsu comportaient donc des études complètes des systèmes militaires de l’époque.

II. LES KO-BUDO

En 1600, tout le pays est réunifié sous le pouvoir des Tokugawa. Une longue période de paix s’installe sur le pays. Les routes entre les provinces sont plus sûres et se développent, permettant la circulation des marchandises, des hommes, des idées et des techniques.

Mais c’est le rôle du bushi qui évolue considérablement : de guerrier sur un champ de bataille il devient protecteur de son maître et de sa suite. Pour répondre à ce nouveau rôle, il développe des techniques de défense. Parallèlement on encourage les Bushi à pratiquer des arts plus calmes, comme la calligraphie, l’ikebana, la cérémonie du thé, etc. Ces arts permettent de canaliser leurs énergies martiales en un développement plus pacifique et culturel. Les Ko-Budo sont nés dans ce contexte. Le terme « bun bu ichi » (« les arts et le guerrier ne font qu’un ») résume l’esprit de l’époque.

Les Ko-Budo répondent à trois caractéristiques :

• Ils sont conçus plutôt pour une application au sein d’une société civile;

• Les armes servent à renforcer les lois et la justice;

• Les armures lourdes s’allègent voire disparaissent au profit d’armures plus légères et mieux conçues pour les conditions sociales d’alors.

Ces nouveautés induisent le début des spécialisations adaptées à chaque situation. On apprend à juger de l’action en fonction de l’arme que l’on a en main. De nouvelles armes moins meurtrières et de nouvelles disciplines font leur apparition, comme le Jitte-jutsu (matraque), Zue-jutsu (la canne), le Jo-jutsu (bâton). Le sabre, quant à lui, se raccourcit et oscille entre 60 et 75 cm. L’allègement des armures permet une plus grande mobilité mais entraîne aussi une plus grande vulnérabilité. Les cibles potentielles ne sont donc plus uniquement les points faibles de l’armure de guerre.

Avec ces armes, ces situations nouvelles, les besoins techniques augmentent, les pratiques se diversifient et se spécialisent. C’est la naissance des écoles spécialisées dans une arme ou un nombre réduit d’armes particulières.

kyudo

 

III. LES SHIN-BUJUTSU

En 1854 la flotte américaine dirigée par le Commodore Matthew C. Perry force le Japon à ouvrir ses ports au commerce mondial. Cette modernisation du pays à cadence forcée doit permettre au Japon de rattraper son retard sur les technologies des pays industrialisés. Pour ne pas être dépassé par l’armement et les techniques de guerre modernes, le gouvernement fait appel à des conseillers étrangers : Anglais (pour la marine), Allemands et Français pour l’infanterie, Américains pour la cavalerie et l’artillerie.

C’est la création des Shin-Bujutsu (nouvelles techniques guerrières), comme l’art de la baïonnette.

Les Shin-Bujutsu répondent à trois critères :

• Ils sont conçus pour la guerre moderne

• Ils se pratiquent avec des armes (à feu et à longue portée)

• L’équipement devient primordial (bateau cuirassé, sac du soldat, etc).

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Cette nouvelle donne sonne le glas des bushi et de la pratique du sabre sur les champs de bataille. D’ailleurs, le port des deux sabres est interdit par un édit. Les guerriers sont désormais de simples citoyens que l’on forme au tir avec une arme à feu et à quelques techniques de combat rapproché. Les armures ne servent à rien face à la puissance des balles ou des obus. Il faut pouvoir se déplacer rapidement et construire des abris solides.

IV. LES SHIN-BUDO

En 1865 le Japon est encore quasiment féodal, alors qu’en 1900 c’est une société moderne qui sera capable de rivaliser avec la Russie dans une guerre ouverte (en 1905) et de la remporter. Ce progrès technologique sur une période si courte est un accomplissement unique dans l’histoire du monde.

Désormais les bushi, n’ont plus leur place dans cette société et regrettent les temps anciens. A partir des arts martiaux anciens, ils cherchent des applications possibles pour leurs contemporains. Le but est de perpétuer l’héritage qui leur a été transmis tout en conservant également les idéaux, la philosophie zen et les autres arts non guerriers afin d’aider l’homme moderne à trouver sa place dans la nouvelle société. C’est ainsi que naissent les Shin-Budo que nous connaissons, comme le Kendo, l’iaido, le Judo, l’Aikido, le Kyudo et bien d’autres. Les Japonais les appellent aussi Gendai-Budo (« Budo Modernes »).

Encore aujourd’hui les arts martiaux sont en constante évolution. On voit régulièrement apparaître de nouvelles disciplines et de nouvelles règles de jeu basées sur la conception de shiai plutôt que de shinken-shobu.
Dorénavant, de plus en plus de pratiquants visent surtout la réussite sportive dans le cadre de la société moderne au détriment de l’esprit originel des Budo.